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Saïd-Ali Said Mohamed : « Les Comoriens sont écartelés entre deux cultures, deux vies, deux rêves »

En 2013, Saïd-Ali Said Mohamed réalise “Le bonheur est ailleurs”. Un film sur le mythe de l’éternel retour.

photo du réalisateur Saïd-Ali Said Mohamed

Propos recueillis par Céline Latchimy-Irissin.

Pour Saïd-Ali Said Mohamed, “Le bonheur est ailleurs” traite de “la question du mythe de l’éternel retour chez la diaspora comorienne en France ; un  mythe qui se traduit souvent par la posture de l’entre-deux ; entre ‘l’ici’ et le ‘là-bas’”. Et “comme pour conjurer leur sort d’exilés, ils importent leur mode de vie et certaines de leurs coutumes en France. Ainsi, à Paris comme à Marseille, pour ne citer que ces deux villes où la communauté est assez importante, il n’est pas rare de croiser des Comoriens en habits d’apparat, se rendant dans un mariage. De même, il n’est pas rare de les voir célébrer en grande pompe la naissance du Prophète Mahomet ou la fête de l’indépendance. Toutes les occasions sont bonnes pour vivre comorien, manger comorien, danser comorien dans l’espace républicain.

OI>Film : L’histoire de cette famille reflète-t-elle celle de familles qui se retrouvent à vivre ailleurs ?

Son histoire reflète de manière plus extrapolée celle d’autres diasporas africaines. Si quelques Comoriens de la diaspora ont fini par renoncer à l’idée d’un retour dans leur pays d’origine, la plupart s’y accrochent. Pour ces derniers, la France qui les accueille depuis 30 ou 40 ans, et dont ils sont citoyens n’est toujours pas leur pays. Voilà pourquoi ils évitent de s’impliquer dans la vie publique, d’acquérir des biens immobiliers par exemple. Ce sont des actes qui pourraient altérer l’espoir d’un retour au pays natal puisque acquérir un bien immobilier signifie que l’on a décidé de faire sa vie dans le pays où l’on vit. 

Au contraire, les Comoriens de la diaspora investissent des sommes conséquentes pour construire des villas [aux Comores], où ils ne vivront peut-être jamais. La politique, c’est là-bas qu’ils la font puisque c’est, disent-ils, leur pays, celui où personne ne leur dira jamais : “Rentrez chez vous”.

Image issue du film "Le bonheur est ailleurs" de Saïd-Ali Said Mohamed

Image issue du film « Le bonheur est ailleurs » de Saïd-Ali Said Mohamed

OI>Film : Comment expliquer que, chaque année, beaucoup disent rentrer mais ne le font pas ?

Les Comoriens sont, d’une façon multiple, écartelés entre deux mondes, deux cultures, deux vies, deux rêves. Celui d’une France dans laquelle ils vivent beaucoup et celui d’un pays d’origine dont ils rêvent beaucoup. Ce même “entre deux” est traduit par deux sagesses comoriennes dont l’une incite au départ, à la recherche du bonheur ailleurs (eheri ngiyo iho mru yatsiyo) et l’autre, au retour au bercail puisque ce même bonheur ne peut être atteint que chez soi (opvwa mru kopvwayi).

OI>Film : Contrairement au père, le petit garçon ne souhaite pas retourner aux Comores…

C’est un décalage intergénérationnel. La simplicité de la vie dont fait référence le père ne peut concilier les deux générations. Le fils s’est habitué à une certaine vie qu’il ne peut retrouver aux Comores. On peut entre autres citer les aires des jeux, les centres de loisirs, les cinémas…

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Céline Latchimy
Céline Latchimy
Journaliste, rédactrice, elle s'intéresse à toute l'actualité de la Réunion et des îles de l'OI
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