Cinéma : l’impact du COVID-19 à La Réunion

Le coronavirus a fait des ravages dans le secteur de l’audiovisuel. Arrêt des tournages et avec eux, mise à l’arrêt de certaines boîtes de production, précarité des intermittents du spectacle, retour des drive-in, fermeture des salles de cinéma… Désormais en phase 2 du déconfinement, les castings et les tournages reprennent petit à petit. Les salles de cinéma vont quant à elles, rouvrir le 22 juin prochain, pour le plus grand bonheur des cinéphiles. Coup de projecteur sur le cinéma post confinement à La Réunion.

 Si de nombreuses boîtes de production ont dû arrêter leurs tournages, d’autres ont pu les reporter. Mais à quel prix ?

Les conséquences du COVID sur les sorties des films réunionnais

“À La Réunion, il y a un tournage qui va se faire au mois d’août, un long métrage où là, comme partout sur le territoire français, ils sont obligés de prendre des mesures importantes contre le risque COVID. Ça rallonge les semaines de tournage puisqu’il y a pas mal de gestes barrières qui vont être obligatoires sur les tournages, à savoir se laver les mains, désinfecter le matériel, mettre des masques… Garder des distances si possible de sécurité, tout ça va alourdir le temps de tournage et il faut rallonger le temps général du tournage et ça a des conséquences financières importantes” explique Fred Eyriey, producteur réunionnais à Lithops films.

Des coûts plus importants, jusqu’aux paiements des assurances. “Nous devons payer plus chers les assurances qui ne couvriront pas le risque COVID. L’État est en train de mettre en place un fond accolé au CNC qui viendrait pallier le déficit d’assurance en cas de problèmes avec le COVID. Ça ne couvre pas tout le monde. Par exemple, si un technicien tombe malade, il sera remplacé sur le tournage, c’est classique. Par contre, les comédiens de premiers plans, le réalisateur, les gens qui sont totalement indispensables à un tournage, là, l’assureur ne prenant pas en compte ces risques si le tournage s’arrête, c’est le fond mis en place par l’État qui palliera à ça. Il y a un calcul qui sera fait par rapport aux pertes journalières” déclare le producteur. Des temps de tournages rallongés, qui impactent la sortie des films réunionnais.

Sébastien Guéniot Nicolas Guéniot réalisateurs La Réunion simp rapid

Un fond d’indemnisation pour les arrêts de tournage liés à la crise sanitaire

En effet, le ministère de la Culture a annoncé le 29 mai, la mise en place opérationnelle d’un nouveau fond d’indemnisation en cas d’arrêt de tournage pour cause de sinistre lié au COVID-19. Ainsi, le fond de 50 millions d’euros géré par le Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC) s’adressera aux productions françaises ou majoritairement françaises, audiovisuelles ou de cinéma.

Une indemnisation qui couvrira “jusqu’à 20 % du capital assuré avec un plafond de 1,2 millions d’euros.” Le producteur aura à sa charge une franchise de 15 % du coût du sinistre (plafonnée à 1% du capital assuré)” selon le communiqué du ministère.

“Pour les indemnisations des coûts de sinistre, les rémunérations des équipes du tournage seront indemnisées au niveau des minimas de la convention collective”, précise encore le ministère. Quoi qu’il en soit, “l’expertise sera confiée à l’assureur du film et l’instruction du dossier sera ensuite réalisée par le CNC.”

Un fond qui sera actif jusqu’à fin 2020 et qui n’aura “pas vocation à intervenir en cas de nouvelle vague épidémique ou d’un nouveau confinement généralisé.” Le ministre de la Culture, Franck Riester, indique quant à lui que “les échanges se poursuivent pour compléter ce dispositif avec d’une part la Commission européenne pour couvrir plus largement les tournages dans l’espace européen ou les co-productions, ainsi qu’avec les régions qui le souhaitent au regard des enjeux d’attractivité territoriale, ainsi que des partenaires privés.”

Le respect des gestes barrières sur les tournages

Si le déconfinement progressif permet la reprise des tournages et des castings, ces derniers doivent impérativement respecter les gestes barrières mis en place pour éviter la propagation du virus.

Fred Eyriey producteur Lithops films La Réunion

Selon le producteur Fred Eyriey, “le protocole, ce sera d’abord la présence d’un référent COVID sur le tournage, qui va rappeler à l’ordre très gentiment, tous les gestes à l’équipe. Ils sont tous concentrés sur leur travail et oublient parfois leur masque, de se laver les mains…” Le producteur de Lithops films l’assure, “quand nous arriverons sur le plateau, toutes les équipes pourront désinfecter le matériel, le soir à la fin du tournage et aussi en début de journée. C’est un énorme travail qui a une incidence financière.”

“Les gens des costumes pourront les nettoyer avec une certaine température pour éviter que tous les costumes soient contaminés, le lavage de main : évident, avec du gel à disposition sur le plateau. On donne des verres personnels à chacun, des gourdes…” déclare Fred Eyriey, avant de conclure que “l’on va essayer d’avoir tout ces petits gestes mis bout à bout pour éviter au maximum le risque.”

Une reprise des castings malgré les contraintes de fin de confinement

Même si les tournages reprendront bientôt, d’autres films comme “Le petit piaf” de Gérard Jugnot, doivent d’abord penser aux castings, mis en stand by suite au confinement. Pour ce dernier, le casting qui est géré par Marjorie Assani-Vignau et Benjamin Tribes, a repris. Un tournage qui devrait s’effectuer en août 2020.

Avant le confinement, “on était sur le casting du film de Gérard Jugnot, un gros casting parce qu’il y a beaucoup d’enfants. Des castings qu’il faut faire longtemps à l’avance pour pouvoir faire des dossiers d’agréments. On a été interrompu en plein milieu de ce casting au mois de mars, et un petit peu avant le déconfinement, la production nous a contacté avec Benjamin, pour nous dire que d’une part ils avaient l’intention malgré tout de faire le film, que c’était un peu reporté dans le temps (on devait tourner à partir de juillet et on tourne à partir d’août) et qu’il fallait donc qu’on reprenne les castings” explique Marjorie Assani-Vignau. Avant d’ajouter que “le gros avantage qu’on avait c’est qu’on avait déjà auditionné 150 gamins et que Gérard a trouvé parmi ces 150 gamins les principaux interprètes de son film. Donc on a pu faire les dossiers d’agréments qui devaient être envoyés avant début juin... C’était urgent. Là il nous reste des rôles à distribuer mais on n’a pas repris officiellement les castings.”

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Des castings qui n’ont pas repris physiquement encore, protocole sanitaire oblige. “Pour avoir discuté avec le directeur de l’Agence Film Réunion sur les protocoles mis en place, on s’est entendu sur le fait qu’on n’allait pas convoquer les gens comme on le fait d’habitude c’est-à-dire à une demi-heure d’intervalle mais plutôt à trois quarts d’heure voire une heure, de façon à ce qu’ils se croisent le moins possible” renchérit-elle.

Le port du masque sera également obligatoire dans la salle d’attente “mais ensuite, car évidemment on ne peut pas auditionné des comédiens avec un masque parce qu’on ne voit pas l’expression de leur visage, quand nous on sera en situation d’audition, nous on aura un masque mais eux ils n’en n’auront pas” ajoute-t-elle. Le traditionnel lavage de mains au gel hydroalcoolique sera bien entendu instauré.

À noter que le film de Gérard Jugnot sera porté par le jeune chanteur réunionnais Soan, candidat à “The Voice Kids” 2019.

Un retour avant l’heure du cinéma avec les drive in

Se faire un cinéma à plusieurs depuis le 15 mars, c'est exclu ; tous les cinémas sont fermés jusqu'au 22 juin. Une réouverture des salles de cinéma qui s’est avérée plus tôt que prévue puisqu’avant d’avoir une date fixe, les professionnels espéraient rouvrir en juillet. Dans cette attente, les drive-in ou ciné-parc, ont fait leur réapparition ! Mais le drive-in, c’est quoi ? Cela consiste à regarder un film depuis les sièges de sa voiture. Un concept des années 30 né aux États-Unis. Le format, déjà bien installé en période de confinement en Europe, a fait son retour en France métropolitaine (Bordeaux, Cannes, Caen…). Le “Drive-In Festival” a même vu le jour. Lancé par Mathieu Robinet, ancien directeur général de Bacs films, l'un des studios indépendants majeurs en Europe, l’objectif était de transformer plusieurs villes en cinéma à ciel ouvert. Un festival qui s’est déroulé uniquement à Bordeaux pour une dizaine de projections, suite à l’annonce de la réouverture des salles le 22 juin prochain. Si c’est un clap de fin pour le festival, peut-on envisager que le drive-in refasse son apparition ?

Une idée qui séduit notamment les organisateurs du “Festival du Film Romantique” de Cabourg, prévu du 10 au 14 juin 2020, mais qui ne pourra pas se dérouler à la date prévue. Les organisateurs ont annoncé leur volonté d'organiser des projections des films de sa sélection au début du mois d'août 2020, en drive-in.

À La Réunion c’est l’Église 2.0 qui s’y est mise le 30 mai dernier. Et l’avantage du ciné-parc, c’est le respect des mesures de distanciation physique pour éviter la propagation du coronavirus. Une initiative bien pensée durant la période d’incertitude concernant la possible réouverture des salles. Mais heureusement, il n’y a plus de flou possible : les cinémas font leur “come back” le 22 juin prochain !

Salle de cinéma ciné kour La Réunion

La réouverture des salles de cinéma à La Réunion

Pour le plus grand bonheur des cinéphiles et des employés, le groupe Mauréfilms (Multiplexe Ciné Cambaie, Ciné Lacaze, Le Plaza) et Investissement et Commerce Cinéma (Cinepalmes, le Ritz, le Rex) vont rouvrir leurs portes. Le 22 juin pour le Ciné Cambaie, le 1er juillet pour le Cinepalmes.

Une reprise dans le strict respect des mesures sanitaires. Ainsi, les cinémas du  groupe Ethève privilégient “le respect de la distanciation d'au moins un mètre entre les personnes (espace limité en occupation à 4 m2 par personne)”, et le port du masque sera obligatoire dans le hall, les  sanitaires et les zones de circulation.

Le groupe prévoit également une “organisation des flux de circulation et des séances pour éviter au mieux les croisements des spectateurs.” En ce qui concerne les salles elles-mêmes, la vente sera “limitée à 50 %, soit 1 fauteuil entre chaque client. Par exemple, si je souhaite acheter 2 places automatiquement après la transaction, un siège est bloqué et non vendable de chaque côté afin de respecter la distanciation. Le port du masque n'est pas obligatoire en salle mais dès que le client circule, le port de ce dernier reste obligatoire” précise le communiqué. Avant d’ajouter que l’achat des tickets sur Internet sera privilégié, de même pour le paiement sans contact. Le contrôle des tickets se fera quant à lui par scan.

Les cinémas l’assurent, il y aura bien évidemment la mise en place de gel hydroalcoolique en distribution libre pour le nettoyage des mains. Et “naturellement, l'ensemble de notre staff portera masque et visière, gants quand nécessaire et plexi de séparation en caisses.”

Enfin, en ce qui concerne le nettoyage, il y aura un “nettoyage quotidien et rigoureux avec les produits désinfectants recommandés sur tout mobilier de contact (bornes, poignets, sanitaires, rampes d'escaliers…” avec une “solution virucide javellisée ou équivalent.”

Le groupe compte par ailleurs désinfecter les salles et les fauteuils avant les séances et entre chacune d’entres elles. De même pour la climatisation où il y aura une “désinfection régulière avec un apport régulier d'air neuf pour ventiler les espaces fermés. Le principe est de rejeter la majeure partie de l'air utilisé entre chaque séance et privilégier l'apport d'air neuf pour la séance suivante” précise encore le groupe.

Impact du COVID à La Réunion : des sorties de films en salles retardées

Suite au confinement, des sorties de films en salle ont été retardées. On peut citer le nouveau James Bond “Mourir peut attendre” qui devait sortir en salles en avril et qui sortira finalement en novembre prochain, ou encore Fast & Furious 9 qui a décalé sa sortie au 31 mars 2021.

Films en VOD

Dans cette attente, certains films ont préféré sortir en avance sur des plateformes VOD. En effet, en temps normal, il faut compter quatre mois après une sortie en salle pour qu’un film se retrouve sur une plateforme. Mais la loi d’urgence promulguée le 23 mars dernier a permis au Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC) de déroger, à titre exceptionnel, à la chronologie des médias. Parmi ces films autorisés à être regardés en vidéo à la demande, on retrouve entre autres : “Papi Sitter” de Philippe Guillard, “Birds of prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn” de Cathy Yan, “La voie de la justice” de Daniel Destin Cretton ou bien encore “Monos” de Alejandro Landes.

Autre mesure annoncée par le CNC : les films qui devaient sortir après le 14 mars, date de fermeture des cinémas, et qui renoncent à une sortie en salle n'auront pas à rembourser les aides perçues. En temps normal, ces aides sont réservées aux films qui sortent en salle et doivent être remboursées si un film décide finalement de sortir directement en DVD et VOD.

"Ces deux dispositifs ne remettent en cause en aucune manière la chronologie des médias : ils tendent simplement, à titre exceptionnel et pendant la période de fermeture des salles de cinéma et de confinement des citoyens, à permettre au public de pouvoir accéder à des œuvres nouvelles", précise le CNC dans son communiqué.

Quid des films sortis en salle juste avant le confinement ? Seront-ils de nouveau sur le grand écran lors de la réouverture des cinémas ? La réponse est oui. Le nouveau Disney PixarEn avant” sorti le 4 mars à La Réunion, reviendra par exemple sur les écrans pour le plus grand plaisir de tous ceux qui ne l’avaient pas vu avant le confinement.

Le cinéma n’a pas été épargné par le coronavirus. Les professionnels ont usé d’idées nouvelles pendant cette période de post confinement pour continuer à faire vivre le secteur de l’audiovisuel. Entre drive-in, reprise adaptée des tournages et des castings, coûts financiers supplémentaires et réouverture des salles… Il y a eu un avant et un après COVID dans le milieu. Une crise sanitaire qui laisse son empreinte dans le temps, du moins jusqu'en 2021, date à laquelle la sortie de certains films a été repoussée.