Alexandre Boutié : “ne nous étonnons pas si un jour la dernière boutique chinois ferme”

Pendant quatre ans, Alexandre Boutié a filmé son quartier à Bras Panon. L’horloge commune ? Une boutique lontan. La plupart ont disparu à La Réunion. À qui la faute ? Quelles étaient les intentions du réalisateur ?

Le réalisateur Alexandre Boutié et des riverains du quartier Libéria à Bras Panon, devant la boutique

Alexandre Boutié (en blanc), le réalisateur du film, entouré de riverains et des propriétaires de la boutique, les Shan-Hin.

 

Propos recueillis par Céline Latchimy-Irissin.

Quelles étaient tes intentions ?

Ma démarche était de filmer ce quartier. Je trouve que les gens ont du talent, qu’il y a du bon sens qui émane de là. Ce quartier du Libéria j’y ai vécu une dizaine d'années. J’avais trouvé ce lieu commun (la boutique), qui était un peu l’horloge du quartier. À partir de là j’allais rencontrer différentes personnalités : des agriculteurs, des enfants, des habitants… Et puis, il y avait un peu une dimension cosmopolite que je trouvais intéressante. Il y a des familles malgaches, chinoises, zoreilles, il y a vraiment un mélange et une mixité. À La Réunion, c’est assez commun. 

Tu as filmé ce quartier pendant quatre ans. Comment s’est installé le rapport de confiance avec les riverains ?

C’est de l’immersion et du temps. Bien que ce soit moi qui filme, ce sont les gens qui m’observent d’abord : qu’est-ce que je fais là, qu’est-ce que je vais faire avec ces images… ? Il faut que tous les protagonistes puissent répondre à ces questions avant de se lâcher et me faire confiance. À titre d’exemple, en plein tête-à-tête avec une personne que je filmais dans le bar de la boutique, quelqu’un est entré. Il y a eu un mouvement de recul. La personne que j’ai filmé s’est adressée à lui en disant “La caméra, c’est pas un fusil ! Tu ne serais pas intéressé toi, qu’une personne montre le meilleur de toi ?” Je me suis rendu compte qu’il avait compris ma démarche.

photo extraite du film "La boutique des temps modernes" d'Alexandre Boutié

Photo extraite du film "La boutique des temps modernes" d'Alexandre Boutié

On regarde ton film avec nostalgie. De nombreuses boutiques lontan ont disparu. La faute à qui ?

La génération d’après ne prend pas le relai en termes de gérance. Et effectivement, il y a une dimension nostalgique qui est erronée. Cette Réunion que je filme, elle est totalement d’actualité. Si ces lieux ferment, c’est un peu de notre faute. On ne peut pas déplorer que tout ça s’en aille et être passif. À nous d’y aller et de maintenir cette économie. On a tendance à se ruer dans les grandes surfaces, alors que le prix n’est pas nécessairement plus cher dans ces boutiques. Leur chiffre d’affaires a tendance à baisser et ne nous étonnons pas un jour d’entendre dire que la dernière “boutique chinois” a fermé.

Quels sont tes projets ?

À l’heure actuelle je travaille pour le département de La Réunion. J’ai pas mal de tournages avec eux. La Covid est un énorme souci pour mon genre de cinéma. J’aime filmer les sourires, les gens, les visages. Dès que la situation sanitaire le permettra, j’ai un projet de documentaire déjà bien entamé sur le quartier du Chaudron. Encore un lieu qui souffre d’une certaine image… Il y a un très beau conte qui s’appelle “Le chaudron magique”. Ça ferait un très beau titre de film.

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