Mouvements citoyens et cinéma : le regard de Jacques, gilet jaune à La Réunion

Cette semaine, la plateforme OI>FILM vous propose le documentaire de NiKO, “Les yeux perdus de l’île Bourbon”. Le film laisse sobrement la parole à trois Réunionnais ayant perdu l’œil gauche lors des Gilets Jaunes. Que pensent ces derniers, des films qui parlent de leur mouvement ?

Propos* recueillis par Céline Latchimy.

Jacques** fait parti des gilets jaunes depuis le début, en 2018. Mais le citoyen se bat déjà pour le respect des droits de chacun, avant même l’arrivée de ce mouvement sur l’île. Novembre 2018 : le collectif des gilets jaunes se met en place. Pour Jacques, c’est une évidence. Il intègre le mouvement. 

À La Réunion, des barrages se dressent et le collectif paralyse l'île pour dénoncer la vie chère. Le 17 novembre 2018, c’est le premier jour de mobilisation. Une marche a lieu à Saint-Denis. Les jours suivants, des rassemblements et des manifestations sont organisés dans plusieurs coins de l’île. La nuit laisse place aux émeutes dans quelques quartiers. Des affrontements avec les forces de l’ordre ont lieu.

À l'origine, la contestation naît à la suite de la hausse des taxes sur le carburant, annoncée au 1er janvier 2019. Très vite, de nouvelles revendications apparaissent. Deux ans après, où en sont les actions ? On fait le point avec Jacques, qui fait partie des “Zazalés” à La Réunion. Les “Zazalés”, le QG du mouvement au rond-point des Azalées, au Tampon, où se sont réunis les "gilets jaunes" de la ville, transformés pour certains en agriculteurs. Ces "gilets jaunes" ne bloquent plus ce rond-point, ils vivent dessus. Aujourd’hui, on parle d’un mouvement de convergence.

les yeux perdus film niko 1170 

OI>Film : Avez-vous vu le film de NiKO et d’autres films sur les gilets jaunes ?

J’ai vu ce film, ça fait déjà un moment, sur les trois blessés. J’ai déjà vu d’autres films aussi, notamment celui sur les femmes réunionnaises Les gardiennes de l’île, documentaire réalisé par Claire Perdrix, produit par Chasseur d'étoiles] que j’ai bien aimé.

OI>Film : Qu’en avez-vous pensé ?

C’est important qu’on parle de ça [avec le film Les yeux perdus de l’île Bourbon, de NiKO parce que justement, les trois éborgnés réunionnais, c’est passé inaperçu. On entendait beaucoup qu’il y avait des blessés en France métropolitaine alors qu’ici aussi, et ça se passe très vite, on en avait. Mais on n’entendait pas parler des blessés ici.

Après, j’ai bien aimé le reportage sur les femmes réunionnaises, et je trouve qu’il manque encore quelque chose pour raconter cet épisode important de l’histoire de La Réunion. Il y a déjà de très belles choses qui se sont faites, sur les éborgnés et les gilets jaunes. C’est vraiment pas mal. Mais pour moi, il manque quelque chose de plus approfondi, de plus long. C’est vraiment un mouvement exceptionnel qui a duré un bout de temps et qui a encore des restes aujourd’hui. C’était un mouvement social où il y a eu beaucoup d’écrits mais très peu de films.

OI>Film : Aujourd’hui, où en est le mouvement à La Réunion ?

Nous aux Zazalés, ce n’est plus seulement “que” des gilets jaunes. Désormais, c’est un mouvement de convergence avec des gilets jaunes et des associations. C’est une convergence des luttes. On tient et on ne lâche rien. On continue nos actions. Par exemple, on a aidé à médiatiser l’alerte sur la leucose bovine avec les éleveurs et on a soutenu les planteurs. L’autre gros sujet aussi sur lequel on est, c’est sur la gentrification de Manapany [les jardins de Manapany sont un lieu fréquenté par les familles réunionnaises venant pique-niquer sur le site. Cependant, des accords pour un hôtel 4 étoiles à 300m du lieu ont été signés. Les riverains s’inquiètent ainsi d’une gentrification du quartier.]

Bande annonce du film “Les yeux perdus de l’île Bourbon”, de NiKO :

 

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Lire l’interview de NiKO en cliquant ici.

 

*Propos recueillis en créole réunionnais, et traduit en français.

**Jacques, prénom d’emprunt