"Raideurs de l’ombre" : Christophe Divet se confie sur son film

La semaine dernière, OI>FILM vous proposait le documentaire de Christophe Divet, "Raideurs de l’ombre". Aujourd’hui, le réalisateur a accepté de se confier sur le tournage,  sa rencontre avec les personnages, le message qu’il a voulu transmettre en toile de fond du film…

Peux-tu te présenter et nous parler un peu de ton parcours dans le cinéma ? 

Dans le cinéma, mon parcours est assez bref car à la base, je suis un chef opérateur de prise de vue basé à La Réunion. Après L'Institut Cinématographique de Paris XIII, je suis venu à La Réunion pour raisons personnelles. Deux ans comme photographe de presse m'on permis de découvrir l'île intensément. Je me suis orienté de nouveau vers l'image filmique lorsque la publicité est arrivée sur la TV réunionnaise.

Je suis reparti quelques temps peaufiner ma formation sur caméra film chez Alga-Samuelson, à l'époque, le plus gros loueur de Paris. Pendant cette période, j'ai pu collaborer avec des premiers assistants et chefs opérateur américains, japonais et bien-sûr de très bon français...

J’ai eu la chance d’être formé à La Réunion par des chefs opérateurs/réalisateurs qui avaient pour mission de faire des films et de former du personnel. Cette formation conduite par des techniciens du cinéma "à l'ancienne" rodés au 35 mm, était donc assez carrée. Je pense que j'en profite encore aujourd'hui. J’ai dû tourner une centaine de films de pub en tant qu’assistant avant de passer chef opérateur de prise de vue, et très vite réalisateur. J’ai réalisé et cadré des milliers de spots de pub en près de trente ans de métier. Mon premier documentaire réalisé pour RFO était intitulé "Albany Photographe". J'ai ensuite tourné plusieurs 52 minutes en tant que chef opérateur de prise de vue tels que "Sous le signe du sacré" de Pierre Lane, "L'Île Miracle" 4 x 52 minutes pour France 5, "La Chasse au Cerf à La Réunion" réalisé par Pascale Poirier pour Season, "Mayotte" de Pierre Beccu et "Pierre Poivre" de Jean-Daniel Becache pour France Ô. J'ai ensuite réalisé et cadré "Carnet de Voyage en Inde" produit par Vibrason Production. Mon premier 52 minutes fut "Salem Tradition Inspiration Mystique" en 2009, produit par France Mexique Cinéma. "Raideurs de l'Ombre" produit par Alefa Productions est seulement le deuxième. J'espère en tourner d'autres prochainement.

J’ai assez peu travaillé en fiction. J’ai été chef opérateur prise de vue sur quelques courts métrages : "Si tous les soldats du Monde" de Fred Eyriey, "Dan Karo Kan'' de Raymond Barthes, "Rouleurs de journaux" de Sébastien Rougemon, et plus récemment "Vocation" d'Arnaud Ximenes. Le seul long métrage sur lequel j'ai été cadreur cinéma est "Larguées" réalisé par Eloïse Lang. Ces fictions ont toutes été tournées à La Réunion.

Pourquoi avoir échangé ta casquette de chef opérateur prise de vue, pour celle de réalisateur du documentaire "Raideurs de l’ombre" ?

C’est à la suite d’une discussion avec un producteur, qui m’a demandé de le réaliser. Au début, j’avais même dit non car les visage devaient être masqués tout au long du film et je trouvais ça assez compliqué de montrer les émotions, l’intensité des réflexions, des efforts, avec des personnages floutés. Puis on m’a relancé et j’ai contacté Yohan Lamy, un jeune ami qui a une belle plume. Il a réalisé l’écriture que j’ai quelque peu retravaillée avant de tourner.

Ce film là, je l’ai pris à bras le corps à partir du moment où j’ai commencé à tourner. Je me suis attaché aux personnages, j’ai découvert cet univers carcéral qui est tout de même assez atypique. Au début, à l’écriture, bien sûr tu t’intéresses et tu essaies d’imaginer, mais je n’avais pas d’affect par rapport à ça. Je n’ai jamais voulu savoir ce qu’ils avaient fait, histoire de ne pas avoir d’apriori. Ça devait être quelque chose d’assez lourd car la peine minimum était de 11 ans, et Jean-Luc, qui est du personnage principal, avait une peine de 17 ans. Il en était conscient et c’est sa reconstruction qui est intéressante. C’est un personnage qui a dû être à côté de la plaque à un moment de sa vie, qui a pété les plombs et qui est revenu grâce à ses efforts, "sur le devant de la scène", en tout cas dans sa vie.

J’ai tourné pendant plusieurs mois, le temps de la préparation des coureurs. L'administration pénitentiaire a bien joué le jeu mais je ne pouvais pas rester des journées ou des nuits entières.

Christophe Divet réalisateur du documentaire Raideurs de l'ombre sur le Grand Raid

Il faut vraiment voir ton documentaire au-delà du côté Grand Raid… Quel message porte ce film ?

C’est un film sur la réinsertion par le sport. Assurément, cela se passe dans le cadre du Grand Raid, mais toute sa démarche à lui [Jean-Luc], date de bien avant, avec bien sûr comme objectif le Trail de Bourbon qu’il a fait. Mais il a réussi. Il y est arrivé en étant plutôt bien placé malgré le fait qu’il s’est entraîné sur du plat, avec des escaliers et une sortie par an. Il a fait comme tout le monde, c’est-à-dire des courses avant ; car il faut faire au moins trois courses dans l’année pour pouvoir s’inscrire aux courses du Grand Raid. C’est le fait qu'il arrive à se stabiliser psychologiquement et qu’il ait un but dans la vie qui a été le plus salvateur. Dans sa vie carcérale, le but c’était de s’en sortir, d’avoir un comportement droit. Le fait qu’il se libère de tout ce passé certainement très lourd, c’est ça qui m’a intéressé surtout, au-delà du côté sportif qui est quand même un bel exploit.

Sa famille l'a beaucoup aidé à s'en sortir avec une présence régulière de sa femme et de ses enfants. Thierry, son coach sportif au sein du centre pénitentiaire a été aussi d'une aide capitale dans cette reconstruction. Il s'est aussi réinséré grâce à la complicité et à l'abnégation de ses deux acolytes Jean et Jean Willy, raideurs incarcérés eux aussi.

Comment s’est porté ton choix de suivre Jean-Luc en particulier ?

C’est vraiment l’évolution du personnage qui m’a intéressé : il s’est mis à prier, à participer... Il s’est livré à la caméra alors qu’au départ ce n’était pas gagné. C’est lui qui a fait en sorte que je m’intéresse à lui dans sa façon de s’exprimer, de dire les choses, de m’aider quand j’étais à l’intérieur aussi. Tu te promènes avec les gens, parfois tout seul... En sachant que j’étais avec lui, j’étais en confiance dans cette prison assez exceptionnelle.

Est-ce qu’ils ont vu ton film ? Qu’est-ce qu’ils en pensent ? 

Bien sûr, ils ont vu le film. Il y a eu des pleurs surtout dans la famille. Il était très ému du fait que cette caméra s’intéresse à lui.

Est-ce que tu as des projets à venir ?

J’ai écrit un documentaire-fiction sur le zamal pour lequel j’ai eu l’aide à l’écriture de la Région. C’est un projet auquel il faut désormais un producteur. En tout cas c’est écrit, il n’y a plus qu’à le préparer et le tourner. On va dire que ce sera peut-être pour l’année prochaine.

Bande annonce du film

 

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