Le cinéma à Mada : c'est de la débrouille !

Sitraka Randriamahaly est auteur et réalisateur de films d'animation à Madagascar. Il a notamment signé « Hazalambo, la chasse au lambo » qui lui a valu le Zébu d'Or prix du public aux RFC (Rencontres du Film Court de Madagascar) en 2011. Il nous parle du secteur de l'animation dans son pays et de sa vision d'un milieu constitué d'autodidactes talentueux et emplis d'ambition pour leur art. 

 

propos recueillis par Laurène Mazier

L'animation produite à Madagascar est-elle reconnue dans le monde ?
Je ne sais pas si l'expertise malagasy est vraiment reconnue dans le monde de l'animation actuelle mais on y travaille. Dans tout les cas, c'est sans doute surtout due aux efforts de chacun impliqué dans le milieu. C'est pour l'instant, en grande partie, des initiatives plutôt individuelles mais cela est en train de changer avec une volonté commune d'évoluer dans ce secteur. On assiste à la naissance d'associations (je citerai particulièrement l'association Animanakay que l'on a créé avec d'autres animateurs locaux), des collaborations avec les festivals (les Rencontres du Film Court de Madagascar...) et des organismes qui représentent petit à petit la place du cinéma d'animation dans la culture malagasy.

Quel regard portez-vous sur l’animation « made in » Madagascar ?
Le cinéma d'animation et le cinéma en général à Madagascar c'est un peu comme la vie ici : de la débrouille. En effet, c'est du au fait qu'il n'y a pas d'écoles d'art ou de cinéma à Madagascar. Presque tous les animateurs et réalisateurs Malagasy sont autodidactes. On a plus ou moins tous tâtonné le métier de l'animation avec les moyens du bord, les ressources à notre disposition et les budgets quasi inexistants. De ce fait, chaque animateur a trouvé sa propre voie : animation traditionnelle, numérique, 3D, stop motion... Aboutissant à des styles bien variés. Concernant les influences, la plupart d'entre nous a été bercé par des mangas et les Disney, Pixar (selon la génération). J'ai toujours senti que vis à vis des animateurs Malagasy ces références sont un peu les objectifs à atteindre (techniquement) et pourquoi pas à dépasser.

 

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Qu’est-ce qui est plus pratique à faire à Mada : du cinéma réel ou de l’animation ?
Je dirai LES DEUX. De mon point de vue, l'animation est un monde très fascinant et assez pratique à construire dans mon pays du fait qu'on a nombre de talents et de petites mains qui peuvent apporter beaucoup d'aide voire dans la perspective d'une éventuelle industrie d'animation. De l'autre côté, le cinéma du réel est aussi plein de ressources et plus rapide à mettre en oeuvre grâce à un éventail de sujets (culturels, sociaux, politiques...) pouvant être traités, une culture du théâtre et des feuilletons radiophoniques encore ancrés dans le quotidien des malagasy, et aussi du fait que certains matériels (caméra, son, lumière...) deviennent plus accessibles.

Depuis SOKAKY (la tortue), quel est votre parcours ?
Depuis SOKAKY, ma première réalisation, je suis passé dans plusieurs festivals, découvrant petit à petit le cinéma en dehors de mon île. J'ai commencé à maîtriser des techniques et des logiciels donnant vie à mes suivantes réalisations. Parallèlement, j'enrichie mes compétences dans des formations de courte durée lors de festivals, ateliers, résidences d'animation ou même juste dans des discussion avec d'autres artistes... A ce jour, j'ai à mon actif 7 courts métrages d'animation que j'ai pu réaliser avec une petite équipe. J'ai plusieurs projets en tête et dans le cœur, quelques uns encore au stade d'écriture, certains sont en développement mais j'espère, si Dieu le veut, qu'elles verront le jour dans les années à venir.