Nathalie Vindevogel : " la mort me faisait très peur"

Nathalie Vindevogel productrice et réalisatrice est née au Rwanda. Profondemment marquée par le génocide des Rwandais, la mort est un sujet qui la hantait. Installée à La Réunion depuis plusieurs années, elle finit par surmonter sa peur et entre dans un cimetière à Saint-Gilles. Curieuse d'en savoir plus sur ces Réunionnais qu'elle voyait passer devant chez elle, chaque matin, un arrosoir à la main... "Le ballet des arrosoirs" leurs est dédié. 

OI>Film : Comment vous est venue l’idée de réaliser un documentaire dans les cimetières de La Réunion ? 
Nathalie Vindevogel : Ce sont des arroseurs qui m’ont menée vers le cimetière. Je les voyais passer tous les matins devant l’arrêt de bus de Carosse à Saint-Gilles. Je ne savais pas où ils allaient et je leurs ai demandé, ils m’ont répondu, au cimetière. Depuis ma tendre enfance, la mort me faisait très peur et les cimetières aussi. Du coup, je me suis dis pourquoi pas traiter ce sujet. 

OI>Film : Est-ce une idée spécifique à La Réunion ? 
Natahlie Vindevogel : Comme je ne fréquentais pas les cimetières avant, je ne sais pas trop mais la spécificité à La Réunion, c’est que les cimetières sont paradisiaques. Il y est plutôt agréable de s’y promener et de rencontrer ces gens qui entretiennent les tombes, les parcelles de plantes. On peut très vite apercevoir qu’il n’y a pas que l’entretien et l’arrosage des plantes, mais aussi une rencontre avec les défunts. 

OI>Film : Où avez-vous tourné "Le ballet des arrosoirs" et pourquoi ces choix ? 
Natahlie Vindevogel :
J’ai commencé par le lieu où j’habitais, c’est là où j’ai rencontré les premiers protagonistes. Et puis, je dois avouer que le cimetière de Saint-Gilles est vraiment beau. Après, j’en ai visité d’autres qui avaient un rapport avec ce que je cherchais à savoir, à Villèle et au Port. 

 

le ballet 730

 

OI>Film : Comment a été accueilli votre caméra ?
Nathalie Vindevogel : Bonne question, vu le contexte du sujet. Les gens étaient très méfiants et puis, c’est certain qu’au début, ils n’aimaient pas venir me voir. Je leur ai expliqué que je ne venais pas voler leur image et que je les respecterais. C’est assez marrant car ceux qui avaient accepté au début, ne voulaient plus être dans le film et par exemple, Emma qui ne voulait pas au début, elle a finalement accepté d’être dans le film. Aujourd’hui elle est même très fière d’y être !

OI>Film : Comment avez-vous préparé le tournage ? 
Nathalie Vindevogel : Dans le cadre de mon Master à l’Iloi au Port, la première année j’ai travaillé sur le scénario et la deuxième je l'ai réalisé avec une équipe de mon choix. 

OI>Film : Quel message porte votre film et à qui s’adresse-t-il ? 
Nathalie Vindevogel : Il nous apprend de ne pas avoir peur de la mort, qu’on peut mieux l’accepter en allant voir ceux qui, tous les jours, viennent arroser et entretenir les tombes. "Le ballet des arrosoires" s’adresse à nous tous, même aux enfants. Je me rappelle qu'à la première projection du film au FIFAI en 2012, un garçon m’avait félicité et m’a dit qu’il avait beaucoup aimé mon film.

OI>Film : Vous avez co-créé "Zétoiles", qu’est ce que c’est ?
Nathalie Vindevogel : Le concept ZétOIles est un festival international de films qui a pour ambition de devenir un lieu de convergence des cinématographies féminines de l’Indianocéanie au travers de tous les lieux de projection à La Réunion. Ce concept offre une grande ouverture, un regard sur les professionnelles du cinéma et leurs potentialités d’écriture, de mise en scène et de techniques cinématographiques. Il permet de promouvoir, faire connaître, faire découvrir des jeunes cinéastes des pays et peuples de l’Indianocéanie jusqu’au continent africain. ZétOIles privilégie des projections de films d’auteures, de réalisatrices et de productrices issues des territoires insulaires et des pays bordant l’océan Indien qui sont étroitement liés à l’histoire de La Réunion. Ce concept est né d’une collaboration avec Marianne Bosson, consultante en réalisation de projets dans le cadre de la promotion des métiers du cinéma et pour pallier le manque de représentativité des femmes dans le secteur cinématographique. 
Aux séances de projections s’ajoutent des rencontres entre professionnelles et des partages d’expérience en faveur de la jeunesse. 
Nous sommes ouvert à montrer des films réalisés, produits, écrits, … par des hommes, mais qui mettent en valeur la place de la femmes que ce soit dans le rôle d’actrice où dans sa qualité en tant que productrice, monteuse, scénariste où même co-réalisatrice. le ballet cimetiere

 

OI>Film : Vous soutenez les femmes du cinéma de l’océan Indien, quelle place occupent-elles et pourquoi ne pas oeuvrer à fédérer hommes et femmes, ont-elles besoin d’un coup de pouce supplémentaire ? 
Nathalie Vindevogel : «  Promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes, c’est défendre la liberté de création, l'innovation. C’est offrir au cinéma la chance de bénéficier de tant de talents, dans tous les métiers qui le font vivre ! » Françoise Nyssen.  Alors oui très bien, mais les décideurs sont en grande partie des hommes. Que ce soit pour les aides, les choix des films dans les festivals, … J’espère seulement qu’un jour nous ne devrons plus parler de l’inégalité dans le monde du cinéma. 

OI>Film : Quelle est votre actualité ? 
Nathalie Vindevogel : Je travaille sur une série de quatre portraits, avec le même sujet que "Le Ballet des arrosoirs ». Mon autre projet est une fiction, c’est l’histoire de mon arrière grand-père que j’ai découvert il y a deux ans.  Je m’occupe aussi de ma boite de production « isha production » et de la communication du groupe Saodaj pour lequel j’ai réalisé un clip en 2017, "Pokor lèr sur les toits". 

 

Aff Le Ballet des arrosoirs affiche

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