Films "Gasy", véritable phénomène de société

En Inde, il y a Bollywood. À Madagascar, les films « Gasy ». Un courant populaire où l'action, le drame et la comédie se partagent les intrigues. Des budgets quasi-inexistants, des moyens plus que limités, des histoires écrites en quelques lignes et des comédiens réputés pour leur talent d'improvisation... Chaque année, des milliers de DVD s'écoulent dans les rues des villes et villages malgaches. Nous avons cherché à en savoir plus sur ce phénomène. 

Cette semaine, OI>Film proposait à l'affiche un cinéma d'un genre particulier. « Fandripahana, Le Massacre » est le premier film de Tafitaniaina Rakotonomenjahary. Une épopée riche en action, tournée à Tana et dans un petit village perdu dans les hauts plateaux de Madagascar. Ce film s'inscrit dans le genre du film « Gasy ». Un courant très populaire dont les malgaches sont particulièrement friands.

« Il y a à peine 5 ans, on comptait environ 10 sorties de films Gasy par mois. Maintenant, on est dans les 3 à 4 sorties tous les mois, mais la qualité des films a significativement augmenté » , explique Franco Clerc, réalisateur dans le cinéma indépendant malgache.
Ces films ne sortent pas tous au cinéma. C'est d'ailleurs le cas de « Fandripahana, le massacre », dont le jeune réalisateur organise cependant des projections publiques dans les écoles et les villages.

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Cette semaine OI>Film met le film Gasy à l'honneur avec le premier film de Tafitaniaina Rakotonomenjanahary

 

« La plupart de ces films suivent un modèle très particulier. Ils sortent directement en DVD et sont vendus dans les rues par des commerciaux. Les prods ont développé leur propre modèle économique afin de maitriser les ventes ». Pour autant, les copies pirates se multiplient comme des petits pains et se diffusent jusque dans les endroits les plus reculés de la grande île. On parle de 50 000 DVD par film vendus chaque année. Moins onéreux qu'une place de cinéma (il faut compter environ 1 euro pour un film vendu dans la rue), les films Gasy se partagent en famille, avec les voisins, ils sont devenus de véritables institutions.

« En général les films populaires se produisent en un temps record, par manque de budget. Très souvent, c'est entre une et deux semaines de tournage et une semaine de montage max. Tournés avec très peu de matériel. juste un caméscope, des acteurs, sans lumière, sans prise de son. Il n'y a pas réellement de travail préparatoire. Les lignes des scènes sont écrites mais ensuite les acteurs improvisent beaucoup leurs textes », continue le cinéaste.

Burlesque, le cinéma malagasy s'inspire largement des blockbusters américains des années 1980. « Souvent c'est de l'action pure, avec beaucoup de gestuelles et sans vraiment creuser le fond ni le propos. En général, ce sont des histoires qui se veulent familiales et divertissantes. La particularité de ces films aussi, c'est que ça parle beaucoup. On sent l'influence des séries radiophoniques qui sont très consommées chez nous ».

Quelques maisons de production se sont démarquées depuis une décennie. « Le mouvement a été  lancé dans les années 2 000 par AVOKO PRODUCTION. Avoko étant un maitre de kung-fu, héritier d'un maitre malgache légendaire, Pierre Be, qui a commencé à produire des films d'action à la Jet-Li ».

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Les films Gasy regorgent d'action et s'inspirent notamment des blockbusters américains des années 80

 

Ont suivi quelques maisons de prods qui n'ont pas duré. « Les plus marquants étaient et sont toujours "SCOOP DIGITAL" qui ont produit une saga familiale à succès (12 volets),  « MALOK'ILA ». Ils en ont produit d'autres par la suite. Maintenant on a MAKI PROD qui continue à produire de "bons" films. Ils se sont fait connaitre avec "BENJA KELY", un récit dramatique qui raconte l'histoire d'un enfant des rues qui se bat pour s'en sortir. Ça a eu un succés retentissant, grâce à une qualité technique jamais atteinte jusque-là et une histoire qui tient la route... Et puis, ça parle à la population malgache », conclue Franco Clerc.

De son côté, le jeune réalisateur de "Fandripahana, le massacre", se passionne pour le cinéma depuis toujours. Il revient sur un tournage pour le moins épique : « On craignait le pire durant la réalisation du film parce qu'il manquait de moyens et donc de matériel de base. La caméra qui a servi n'était même pas à moi et nous n’avions pas de financement à proprement parlé. On a juste tourné avec un Canon EOS 650 D, un microphone et une grue artisanale que nous avons fabriqué nous-mêmes. Le lieu de tournage à la campagne était très loin, nous avons marché 4 heures : 2 heures aller et 2 heures retour. Mais l’équipe de tournage était heureuse de rencontrer les gens du village et ces derniers ont presque tous participé au film avec passion et enthousiasme ».


Guidé par son amour inconditionnel pour le cinéma, Tafitaniaina ne compte pas s'arrêter à ce premier film même si, concrètement, il ne possède pas les moyens financiers : « J'ai de nombreux scénarios et je n'abandonnerai pas ma passion. J'ai pour devise : sacrifie-toi, fais bien tes tâches et tu seras le meilleur ». C'est tout ce qu'on lui souhaite. Le film de Tafitaniaina Rakotonomenjanahary est à découvrir sur www.oi-film.com. 

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Tafitaniaina Rakotonomenjanahary, réalisateur et comédien malgache, voir son film ici