Lot kote lagar

Un film de O’Bryan Vinglassalon, 15 minutes, Fiction, Comédie © 2017. Porteurs d'Images

Une gare déserte est le théâtre d'une rencontre inattendue entre un photographe et des individus peu ordinaires.

Le flou, la nuit. Une mise au point, plusieurs déclics, plusieurs clichés. Le son d’un harmonica plaintif auquel viennent s’ajouter quelques notes de guitare alanguie. L’atmosphère est posée, dans le décor vide d’une ville à l’abandon, un chien errant fixe l’objectif. Puis le bruit d’un moteur hors champ modèle l’espace alors que le titre apparaît : «Lot Kote Lagar», «De l’autre côté de la gare».

C’est par l’objectif d’un photographe que nous entrons dans cette gare routière d’aspect désaffecté, un regard qui cadre, shoote, et qui tout à coup va s’arrêter sur un point, un détail insolite capté par le viseur et nous propulser derrière une cloison, de l’autre côté des choses. Alors, le film bascule dans un univers onirique, au bord du réel. Le décor misérable d’une gare, de nuit, devient la scène d’une étrange représentation. Là, les couleurs sont chatoyantes, là, la misère se farde à la lumière des chandeliers, se refait une beauté, se pare des oripeaux de la fête. Une galerie de personnages-types, comme sortis d’une comedia dell’arte moderne, joue sa partition : pantomime d’un Pierrot lunaire et facétieux, charme d’une jouvencelle, badinage d’une matrone, pitreries d’un vieil arlequin et bien sûr menaces d’un méchant de pacotille.

Si le court-métrage réussit immédiatement à nous immerger dans son univers poétique de comédie grâce à une mise en scène et une photographie très soignées qui assurent le passage d’une réalité à son envers, la saynète qui se joue reste lisse, et la tension un moment suggérée s’évanouit peu à peu, dès lors que le quotidien trivial reprend ses droits sur cet univers onirique.

Il nous reste une surprise entrevue au détour d’un couloir, petit ballon jaune flottant entre les murs gris, un regard tendre, une porte ouverte sur l’imaginaire qui permet de transfigurer un temps le réel terne et sordide en un petit théâtre attendrissant de naïveté.

Une critique de Anabel Zavrotniak

 

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