"Victimes, rescapés, génocidaires : tous souffrent"

Le 4 avril, le Rwanda commémore le génocide qu'a traversé le pays en 1994. 26 ans après, le réalisateur rwandais Joël Karekezi continue de prôner le pardon. Le cinéaste avait 9 ans lorsque son père a été assassiné dans cette folie meurtrière. Longtemps hanté par une question : "pourrais-je pardonner si je rencontrais son assassin ?". Il en a fait le sujet de son premier long métrage, "Imbabazi, le pardon". Rencontre. 

 Propos recueillis par Laurène Mazier 

 

Pourriez-vous nous présenter votre parcours ?
Je suis cinéaste rwandais. J'ai réalisé deux longs-métrages, un court et un documentaire. Pour démarrer dans le cinéma, j'ai suivi quelques formations en ligne. Ensuite, j'ai participé à des formations en écriture de scénario. Mon premier court métrage, réalisé en 2009, parle aussi du pardon. Suite à ça, j'ai auto-produit mon premier long métrage, « Imbabazi, le pardon », en 2011. Il a été accueilli dans des festivals internationaux et il a reçu plusieurs prix. (Voir la fiche du film)

Vous avez commencé le cinéma en racontant le génocide au Rwanda, c’était une évidence pour vous ? 
J'ai commencé à faire du cinéma en parlant du génocide car il s'agit de ma vie. J'étais au Rwanda lorsque c'est arrivé, j'avais 9 ans, je suis un rescapé. Mon père a été tué pendant ces atrocités. J'ai donc grandi avec cette haine de la guerre et c'est le premier sujet que j'avais besoin d'explorer.

Quelles étaient les questions que vous avez souhaité poser à travers votre film ? 
Ce qui m'intéressait, c'était de comprendre si, après tant d'atrocités, on pouvait pardonner. C'est une question qui me hantait. Je me suis longtemps demandé comment je réagirais, si j'apprenais l'identité de la personne qui a tué mon père. Je suis parti de cette question et j'ai écris ma première fiction.

Avez-vous trouvé les réponses ? 
Ça m'a aidé à comprendre la nécessité et les sacrifices nécessaires pour faire avancer un pays, pour que les gens puissent vivre et se développer ensemble. Que ce soit les victimes, les rescapés ou les génocidaires, tous souffrent. Le pardon joue réellement un rôle pour un avenir meilleur. Mais pour cela, chacun doit être capable de faire des sacrifices, dont le pardon. Tant que l'on ne pardonne pas, on sait que ça se répète, partout.

Quelle est la part d’autobiographie dans l’histoire d’ « Imbabazi » ? 
Le film s'inspire de mon expérience, de ce que j'ai vu. J'ai essayé d'insérer quelques moments de ma vie dans l'histoire. Mais c'était important pour moi de créer une histoire et des personnages fictifs.

Comment selon vous un pays peut basculer ainsi dans la folie meurtrière ? 
En réalité, ça a commencé plusieurs années avant le génocide en lui-même. La haine a été semée dans les esprits. Cette haine a grandi au fil des années et voilà comment on a vu des hommes tuer leurs propres femmes, leurs enfants ! C'était au delà de l'imaginable et c'est arrivé, chez nous, au Rwanda. Il est important de lutter contre cette haine qui se développe chez les humains. Parce que nous sommes différents et il faut faire attention car lorsque l'on sème la haine, on récolte la mort.

Vous aviez 9 ans lors du génocide, comment perçoit-on cela lorsque l’on est si jeune ? 
Au moment où c'est arrivé, j'ai du grandir rapidement. Ma jeunesse s'est envolée, comme ça, dans les airs. Il a fallu vivre en adulte. Aujourd'hui, je suis en vie pour en parler. Et on rêve que nos enfants puissent vivre en paix.

Comment se porte le peuple Rwandais aujourd’hui ? 
L'après a été très dur. Pas facile pour les rescapés évidemment de se reconstruire. Au fur et à mesure, le Rwanda a libéré beaucoup de génocidaires. Et aujourd'hui, tout le monde vit ensemble, dans les mêmes villages. Ils sont arrivés à se pardonner. À faire des projets ensemble et à avancer. En ce moment, le Rwanda se développe rapidement, malgré tout ce qu'il s'est passé chez nous. Le peuple a choisi d'avancer malgré les atrocités du passé.

Quelle est votre actualité ? 
Je suis en ce moment en train d'écrire mon prochain long métrage. Je croise les doigts pour qu'on arrive à le tourner bientôt ! 

 

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