fbpx

Alexandre Poulteau : "Cette notion de fokonolona est malgache mais il faut y trouver des résonances"

En 2018, Alexandre Poulteau sort son troisième film, “Zanaka Tany”. Le film raconte l’histoire d’hommes et de femmes qui cherchent à transformer la société malgache en renouant avec des modes de fonctionnement communautaire, les fokonolonas. Rencontre avec le réalisateur.

Le réalisateur Alexandre Poulteau

Propos recueillis par Céline Latchimy-Irissin.

Entre 2013 et 2014, Alexandre Poulteau se lance dans la réalisation de “Zanaka Tany, aux enfants de la terre” qui s’intéresse aux fonctionnements des fokonolonas. “L’idée est que tous les habitants puissent s’organiser et participer. Certaines personnes pensent, et j’en fait partie, que c’est en renouant avec ce genre d’organisation que les choses pourraient changer, étant donné que l’on ne peut, hélas, pas attendre grand-chose de nos dirigeants. L’idée est de voir comment les malgaches peuvent reprendre leur destin en main” précise-t-il.

OI>Film : Quelle était votre intention ?

Mon intention était de montrer comment on peut concrètement changer les choses plutôt que de faire des leçons de morale dans des discours théoriques. C’est montrer ces personnes qui, dans leurs difficultés, arrivent à trouver la force pour mettre en mouvement leur village.

OI>Film : Originaire de Madagascar, ce film vous a-t-il permis de renouer avec votre identité ?

Même si ce n’est pas le sujet principal, le film évoque à plusieurs endroits la notion de déracinement ; le mien. Je suis né à Madagascar, j’y ai grandi en partie, mais j’ai aussi beaucoup grandi à La Réunion. Maintenant je vis en France métropolitaine. J’ai ce lien très fort avec ce pays mais je n’y vis pas au quotidien. J’aurai pu faire un film de voyage mais il y a cette idée de participer à ma manière comme acteur politique. Ce film m’a permis de concrétiser ce lien et de me rapprocher du pays mais par l’action.

Image issue du film "Zanaka Tany" de Alexandre Poulteau montrant Berthe sur l'eau

OI>Film : Des nouvelles des objectifs des fokonolonas ?

Au niveau local, il y a un grand canal qui a été évoqué plusieurs fois dans le film. Ce dernier a été construit, grâce à une idée de caisse communautaire. Dans le village de pêcheurs, ils ont acheté un congélateur pour pouvoir stocker le poisson qu’ils pêchent, lui-même alimenté par voie solaire. Ce sont des choses concrètes qui ont changé leur vie. 

Au niveau national, ce qui met un peu plus de temps c’est de réunir tout le monde car ça demande des moyens. Il y a aussi la question de changer la législation sur le sujet de l'accaparement des terres et des ressources qui n’est pas spécialement évoqué dans le film mais qui est sous-entendu. Il y a des entreprises qui arrivent et qui exploitent les richesses du pays. Il y a certaines lois qui existent mais qui ne sont pas appliquées. Elles affirment la souveraineté des fokonolonas sur les ressources naturelles sur leur territoire. L’idée est que cette richesse puisse être ré-appropriée par la population. Cette question-là avance lentement.

OI>Film : Les fokonolonas, un exemple à suivre ?

Oui. C’est important de montrer des outils concrets qui peuvent être diffusés à Madagascar et ailleurs. Dans le film, il y a quelqu’un qui dit que “les fokonolonas du monde entier vous regardent”. Cette notion de fokonolonas est malgache mais il faut y trouver des résonances. En France, il y a pas très longtemps il y avait “Les Gilets Jaunes”. Au-delà des manifestations tous les samedis, il y avait cette idée que tout le monde voulait montrer qu’il existe. Les gens se sont réunis pour discuter. J'aimerais que des personnes non malgaches puissent voir le film et s’identifier.

 201907 nouveau bouton voir le film 375 c